Quand le travail n'est plus la santé

Publié le par A6pro ! Votre Solution Administrative !

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Stress, sédentarité et gestes répétitifs provoquent des douleurs physiques qui peuvent gâcher la vie au bureau. Nos conseils pour combattre les petits maux du boulot avant qu'ils ne dégénèrent.

Souvent le trav-aïe fait mal. D'après le baromètre sur le stress du syndicat CFE-CGC, sorti en avril, les maux vont croissant : 54% des cadres souffrent du dos à cause du travail, contre 48% il y a trois ans; 40% subissent maux de tête ou migraines, contre 36% fin 2005. Au total, plus des deux tiers (70%) se disent «tendus ou crispés à cause de leur travail». Les petits bobos du boulot deviennent le lot commun, ils ne sont pas à négliger pour autant. Car, selon Denis Bressan, médecin du travail pour le groupe Tira (EDF), à Paris, «ils sont souvent le haut de l'iceberg». Une partie émergée qui cache des problèmes de position, de stress, de mauvaise organisation du travail. Conseils pour retrouver la santé avec un air en tête : «Les prisonniers du boulot n'font pas de vieux os.»

1 Revoir sa position au bureau

Un matin de mars, Céline Brébion, 28 ans, avocate, ressent une forte douleur à l'arrière de la tête. Une sorte de décharge électrique qui irradie sur une moitié du visage «un peu endormi». Elle craint un accident vasculaire cérébral et se rend aux urgences de l'hôpital parisien Lariboisière. «Le neurologue diagnostique une névralgie d'Arnold, c'est-à-dire des contractures musculaires au niveau du cou qui coincent un nerf. Un symptôme classique dans les métiers sédentaires. On me donne un médicament pour détendre les muscles et un anti-inflammatoire. Mais ce qui méfait du bien, ce sont des séances chez un chiropracteur.» Elle en déduit que ce problème vient d'une surcharge de travail «inhérente à [son] métier» et d'une mauvaise position. Elle passait six à sept heures par jour à taper sur son clavier. Terminé. Avec un livre, elle surélève son écran à hauteur du visage, et n'utilise son ordinateur jamais plus d'une heure trente d'affilée, imprime ses conclusions, les corrige au crayon. Et se lève souvent.

Selon Régis Mollard, professeur d'ergonomie à Paris-Descartes, «le gros risque, quand on travaille sur écran de façon continue, est de souffrir de lombalgie ou de cervicalgie [deux troubles musculo-squelettiques. NDLR]». Il conseille de faire une pause toutes les cinquante minutes, de se lever, de marcher. Comment trouver une bonne position ? Il faut régler sa chaise de telle sorte que les coudes soient à angle droit sur la table. «Le plus important est de poser les avant-bras sur le plan de travail et d'éviter la cassure du poignet», précise l'ergonome.
On peut aussi oser le feng shui. A la mode dans la maison, cet art chinois ancestral de gestion de l'espace arrive au bureau. Selon Nathalie Mérigout, intervenante en feng shui auprès d'entreprises (www.merigout. com), la porte d'un bureau doit se trouver face à soi, et il faut éviter de travailler avec une fenêtre dans le dos. La pire des situations : un bureau situé dans le flux entre la porte et la fenêtre. «C'est une forte source de stress et de fatigue, affirme-t-elle. Une grande plante dans le dos peut faire barrière.»

2 Ecouter les signaux de son corps

Dans les maux du travail, le stress a un rôle majeur. Encore faut-il se l'avouer. Laurent, 45 ans, voit son métier comme un engagement pour lequel il endure précarité (contrat à durée déterminée) et semaine à rallonge (60 heures). Il parle très vite, soigne ses insomnies aux somnifères, et découvre l'urticaire géant. «J'ai l'impression d'être dans un bain d'ortie, lance-t-il. Certains me disent que c'est psychosomatique, je n'en sais rien.» Il a refusé l'arrêt de maladie.

Le déni est dangereux : écouter son corps permet d'éviter qu'il envoie des signaux plus forts. Aux premières manifestations de stress, il faut réagir, selon le docteur Bressan : douleurs aux trapèzes, brûlures d'estomac, troubles alimentaires, palpitations, tensions neuro-musculaires, troubles du sommeil, perte d'énergie, irritabilité... «Il faut sortir de la culture machiste de la maîtrise de soi, où l'on n'avoue pas ce qui ne va pas, ajoute-t-il. Et apprivoiser ses limites avant que l'élastique ne casse.» Quand l'élastique casse, les pathologies sont plus graves : accident vasculaire cérébral, infarctus cardiaque, dépression, ad diction...

3 Penser «collectif»

Il faut certes se faire soigner, mais aussi en parler : aux collègues, certainement tout autant stressés, pour une éventuelle demande à la hiérarchie de revoir l'organisation du travail; au médecin du travail; au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), aux délégués du personnel ou syndicaux. Médecin du travail et CHSCT ont pour rôle d'alerter la direction d'un fort stress - sans jamais dévoiler qui se plaint.

Valérie Vétillart intervient ainsi sur demande des sociétés. Consultante à Formatys, cabinet de prévention de la souffrance au travail, elle associe souvent à sa démarche un médecin du travail, un sociologue ou un psychologue, et toujours les salariés. «En table ronde, j'amène les collaborateurs à construire leur solution. Ainsi, dans un service de commerciaux, englués dans un conflit, nous avons créé un planning tournant de pause de dix minutes. Le sourire est revenu.»

4 Bouger et se détendre

Le sport, la relaxation, les massages... rien de tel pour modérer le stress. Aurélien, 45 ans, manager et père de deux jeunes garçons, a choisi la course et la sophrologie, «pour ne pas péter les plombs dans ce travail où j'ai toujours peur de recevoir un Scud».

Nathalie Bergeron-Duval, du cabinet Sensé for Business, propose des séances de shiatsu et de sophrologie en entreprise. Elle publie, avec Géraldine Lemoine, Les Cartes de la détente minute (Guy Trédaniel éditeur), un livre d'exercices à faire «lors de micropauses pour se détendre». La responsable de formation d'une entreprise pharmaceutique a organisé avec elle des stages de sophrologie «pour sensibiliser les salariés à la relaxation». Et applique sa propre technique : «Vous imaginez que vous êtes un livre couvert dépoussière, vous vous frottez vigoureusement pour Voter, des épaules aux pieds, puis vous remontez. Cela détend.» A faire dans les toilettes, pour ne pas inquiéter les collègues.

Dominique Perrin Challenges

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